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Kōzaburō Tamamura

Kamakura, le Grand Bouddha (daibutsu) No.535 DAIBUTSU AT KAMAKURA


Commentaire

C’est la photographie touristique à l’ère Meiji (Yokohama shashin) qui a imposé le Grand Bouddha (daibutsu 大仏) du temple bouddhique Kōtoku-in1 (高徳院) de Kamakura (鎌倉) comme une des images emblématiques du Japon. Auparavant, contrairement au mont Fuji, ce n’était qu’un thème mineur de la peinture et des estampes japonaises.

Il semblerait toutefois que pour la plupart des visiteurs cette sculpture en bronze gigantesque, qui daterait de 1252, ait plus été une curiosité, dont on détaillait les caractéristiques dans les brochures (poids, taille, dimension de chaque partie…) qu’un témoignage de la splendeur de la statuaire bouddhique japonaise. D’ailleurs, comme sur cette photographie, les visiteurs occidentaux ou japonais n’hésitaient pas à escalader le Bouddha pour une photographie souvenir, chose impensable aujourd’hui… On remarque souvent dans les récits des voyageurs, l’étonnement pour l’écart qu’ils percevaient entre la relative indifférence des Japonais pour le fait religieux et la profusion, et la qualité de l’architecture et de l’art bouddhiste et shintō. Certains étaient toutefois sensibles à la spiritualité qu’il dégageait comme la suissesse Cécile de Rodt :

« J’ai vu en Asie d’innombrables images de ce dieu, mais aucune ne m’a fait une impression si profonde. C’est une figure éminemment orientale. Les longs yeux fendus en amande, aux pupilles d’or, fermés à demi, semblent prêts à s’ouvrir ; les plis douloureux de la bouche, les mains qui retombent négligemment, expriment la paix chèrement acquise, le renoncement à toute passion humaine, à tout désir profane.
[…] Un bosquet de pins sombres derrière la statue en fait admirablement ressortir le ton gris argenté. Les mêmes conifères, des cryptomérias – matsou au Japon – ombragent la large allée qui conduit au Daiboutsou. Le chant des cigales répandues sur les branches, vibre dans l’air, monotone et prolongé. J’ai souvent, dans la suite, entendu la cigale géante du Japon, et chaque fois ces sons évoquaient en moi la face résignée du Daiboutsou de Kamakoura2. »

Notes

1. Le Kōtoku-in est rattaché à l’école de la Terre pure (Jōdo shū), fondée par Hōnen (1133-1212), comme le temple Chion-in de Kyōto, représenté sur la huitième épreuve de cet album. La statue représente donc le Bouddha Amida.

2. DE RODT Cécile, Voyage d'une Suissesse autour du monde, Neuchâtel, F. Zahn Éditeur, 1904, pp. 105-106. Ouvrage consultable sur Gallica (gallica.bnf.fr).


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